vendredi 1 janvier 2021

Jimmy McPartland et Bobby Hackett: Shades of Bix (MCA, 1936-1956).


 MCA2-4110 (1977). 

Jimmy McPartland and his Orchestra

Jimmy McPartland (trompette), Lou McGarity (trombone), Peanuts Hucko (clarinette), Ernie Caceres (saxophone baryton), Dick Cary (piano, arrangeur), Carl Kress (guitare), Jack Lesberg (contrebasse), George Wettling (batterie). New York, 16 mars 1953. 

A1. Clarinet Marmalade (Larry Shields, H.W . Ragas) 3:04
A2. Singin' the Blues Till My Daddy Comes Home (Sam Lewis, Joe Young, Con Conrad, J. Russell Robinson) 3:23

Jimmy McPartland (trompette), Cutty Cutshall (trombone), Bill Stegmeyer (clarinette), Ernie Caceres (saxophone baryton), Dick Cary (piano, arrangeur), George Barnes (guitare), Sandy Block (contrebasse), George Wettling (batterie). New York, 7 avril 1953. 

A3. Ostrich Walk (Original Dixieland Jazz Band) 2:56
A4. Louisiana (J.C. Johnson, Andy Razaf, Bob Schafer) 3:00

Les mêmes, Paul Ricci (saxophone baryton) remplace Caceres. New York, 9 avril 1953. 

A5. Davenport Blues (Bix Beiderbecke) 2:50
A6. Since My Best Gal Turned Me Down (Ray Ludwig, Howdy Quicksell) 2:51

Même personnel et session que sur A3-4. 

B1. Riverboat Shuffle (Hoagy Carmichael, Dick Voynow, Irving Mills) 2:28
B2. I'm Coming Virginia (Donald Heywood, Will Marion Cook) 3:07

Jimmy McPartland (trompette), Cutty Cutshall (trombone), Bill Stegmeyer (clarinette), Bud Freeman (saxophone ténor), Romeo Penque (hautbois sur B3), George Berg (basson sur B3), Marian McPartland (piano), Sandy Block (contrebasse), George Wettling (batterie). New York, 2 février 1956. 

B3. In a Mist (Bix Beiderbecke) 4:44
B4. Jazz Me Blues (Tom Delaney) 2:36
B5. Sorry (Raymond Klages, Howard Quicksell) 3:03
B6. Way Down Yonder in New Orleans (Creamer, Layton) 2:27

Jimmy McPartland's Squirrels

Jimmy McPartland (cornet), Joe Harris (trombone), Rosy McHargue (clarinette), Dick Clark (saxophone ténor), Jack Gardner (piano), Dick McPartland (guitare), Country Washburn (tuba), George Wettling (batterie). Chicago, 24/25 avril 1936. 

C1. Eccentric (J. Russell Robinson) 2:38
C2. Original Dixieland One Step (D.J. "Nick" La Rocca) 2:37
C3. I'm All Bound 'round with the Mason Dixon Line (Jean Schwartz, Sam Lewis, Joe Young) 2:32
C4. Panama (William H. Tyers) 2:21

Jimmy McPartland and his Orchestra

Jimmy McPartland (cornet), Bud Jacobson (clarinette), Boyce Brown (saxophone alto), Floyd Bean (piano), Dick McPartland (guitare), Jim Lannigan (contrebasse), Hank Isaacs (batterie). Chicago, 11 octobre 1939. 

C5. The World is Waiting for the Sunrise (Ernest Seitz, Eugene Lockhart) 3:06
C6. Jazz Me Blues (Tom Delaney) 3:04
C7. China Boy (Dick Winfree, Phil Boutelje) 2:29
C8. Sugar (That Sugar Baby o' Mine) (Maceo Pinkard, Sidney Mitchell, Edna Alexander) 2:59

Bobby Hackett and his Orchestra

Bobby Hackett (trompette), Hank D'Amico (clarinette), Bill Stegmeyer, Johnny Pepper (saxophone alto), Arthur Rollini, Hank Ross (saxophone ténor), Joe Bushkin (piano), Carl Kress (guitare), Bob Haggart (contrebasse), inconnu (batterie). New York, 15 février 1946. 

D1. Easy to Love (Cole Porter) 2:39

Les mêmes, Wolfe Tannenbaum (saxophone ténor) remplace Rollini; Johnny Guarnieri (piano) remplace Bushkin; Cozy Cole (batterie) remplace l'inconnu. New York, 5 février 1946. 

D2. Soon (George Gershwin, Ira Gershwin) 2:32

Bobby Hackett (trompette), Ray Conniff (trombone), Bill Stegmeyer (clarinette), Nick Caiazza (saxophone ténor), Frank Signorelli (piano), Eddie Condon (guitare), Bob Casey (contrebasse), Maurice Purtill (batterie). New York, 23 décembre 1943. 

D3. When a Woman Loves a Man (Johnny Mercer, Bernard Hanighen, Gordon Jenkins)
D4. But Not for Me (George Gershwin, Ira Gershwin) 2:18

Même personnel et session que sur D1. 

D5. What is There to Say (Vernon Duke, E.Y. Harburg) 2:41

Même personnel et session que sur D3-D4. 

D6. Rose Room (Art Hickman, Harry Williams) 2:41

Même personnel et session que sur D2. 

D7. With a Song in My Heart (Richard Rodgers, Lorenz Hart) 2:43

Même personnel et session que sur D1, D5. 

D8. More Than You Know (V. Youmans, B. Rose, E. Eliscu) 2:47

Compilé par, notes de pochette: Leonard Feather. 
Les sélections compilées sur cet album sont d'abord parues sur les labels Decca. 

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Parmi tous les membres originaux de la Austin High School Gang, puis de la «bande à Eddie Condon», Jimmy McPartland (1907-1991) semble être le plus oublié aujourd'hui: les programmes de rééditions des années 1990 et 2000, par exemple, semblent avoir largement ignoré les quelques sessions qu'il a dirigées dans les années 1930 à 1950, et seulement une poignée de disques compacts disponibles aujourd'hui portent son nom, la plupart sur des labels spécialisés. Pourtant, tout au long de sa longue carrière, ce fut un musicien sensible et un styliste élégant, peut-être celui qui avait le mieux conservé intact l'esprit et le style de son mentor Bix Beiderbecke, qu'il avait remplacé au sein des Wolverines en 1924, alors qu'il n'était encore qu'un adolescent... McPartland était donc tout indiqué pour diriger un album baptisé Shades of Bix, produit par un jeune Bob Thiele et paru d'abord en format 25 cm sur étiquette Brunswick en 1953. Le concept en était assez simple: huit pièces associées à Beiderbecke étaient reprises dans un style proche des originales par un ensemble incluant certains des suspects habituels, notamment le tromboniste Lou McGarity, le saxophoniste Ernie Caceres, les guitaristes Carl Kress ou George Barnes, le batteur George Wettling et le pianiste Dick Cary, également responsable des arrangements. Demeurant fidèle au style des ensembles de Beiderbecke et de Frankie Trumbauer des années 1920, Cary a également su moderniser quelque peu les ensembles, utilisant parfois la guitare électrique là où les orchestrations originales faisaient plutôt entendre la clarinette ou le saxophone (Cary lui-même doublant parfois au cor alto). Quant au répertoire, on y retrouve évidemment les incontournables Singin' the Blues, Davenport Blues, Riverboat Shuffle et I'm Coming Virginia, et McPartland se montre à la hauteur de son modèle sans être servile, une leçon qu'il avait conservée de l'époque des Wolverines, presque 30 ans plus tôt («dans les ensembles, je jouais les mêmes notes que Bix, mais quand venait le temps de mon solo, je faisais mon propre truc»). Trois ans après la parution de l'album original, Brunswick voulant le ressortir en version 30 cm cette fois, on demanda à McPartland d'enregistrer de nouvelles pièces, la plus remarquable étant sans doute un arrangement de In a Mist, la célèbre pièce de piano de Bix, réimaginée en pièce de chambre (orchestrée avec hautbois et basson) et avec Mme McPartland, Marian, jouant la partie de piano; un autre vétéran de la Austin High Gang, Bud Freeman, était cette fois au saxophone ténor. 

À la version LP de l'album, cette compilation double de 1977 (parue dans une série dirigée par le critique Leonard Feather) ajoute sur la troisième face deux sessions des années 1930 déjà rares à l'époque et toujours introuvables de nos jours; d'abord quatre pièces de 1936 d'un groupe baptisé Jimmy McPartland's Squirrels, du surnom d'un fan enthousiaste et musicien amateur qui organisait des concerts à Chicago dans les années 1930, Squirrel Ashcraft; en plus du frère guitariste de McPartland, Dick, on y retrouve quelques membres de l'orchestre de Benny Goodman de l'époque, le saxophoniste Dick Clark et le tromboniste Joe Harris. Quatre pièces supplémentaires de 1939 nous font retrouver les frères McPartland en compagnie entre autres du saxophoniste Boyce Brown dans un de ses rares enregistrements précédant son entrée au monastère (il refera des disques dans les années 1950 sous le nom de Brother Matthew!). Le répertoire des deux sessions est déjà marqué au sceau des classiques du Dixieland (Eccentric, Original Dixieland One Step, Panama, The World is Waiting for the Sunrise, Jazz Me Blues), en plus d'une obscure chanson tirée du répertoire de Al Jolson, I'm All Bound 'round with the Mason Dixon Line («on ne l'avait jamais entendue avant, sauf (le clarinettiste) Rosy McHargue, qui nous a affirmé qu'il en était fou, et qui nous a écrit un arrangement, ou du moins un lead sheet, pour qu'on puisse l'apprendre. On l'a lu pour la session et c'est la seule fois que j'aie jamais joué ce truc»); et finalement de la reprise de deux pièces classiques du style Chicago, puisque McPartland les avait déjà enregistrées au sein des McKenzie's & Condon Chicagoans en 1927: Sugar et China Boy. Déjà à cette époque, le trompettiste (plutôt cornettiste encore) cherchait à mettre en évidence certains talents plus discrets: c'est lui qui a insisté pour que le contrebassiste Jim Lannigan interprète une cadence à l'archet sur The World is Waiting... et pour que son frère Dick, principalement un guitariste classique, joue l'introduction sur Sugar. La constance de l'inspiration de McPartland ressort d'autant plus lorsqu'on compare le style des sessions des années 1930 et celui de celles des années 1950: le lyrisme contenu de Beiderbecke, son style dépouillé, sa sonorité claire et son phrasé au swing subtil sont passés chez son disciple McPartland et les quelques sessions comprises sur cette compilation en sont autant d'éclatants exemples; il n'en est que plus surprenant que personne n'ait encore pensé à les rééditer de nos jours. 

Pour compléter ces sessions, Feather est allé dénicher pour la quatrième face quelques pièces d'un autre disciple de Beiderbecke, le trompettiste Bobby Hackett, qui avait fameusement repris le solo de Bix sur I'm Coming Virginia avec Benny Goodman à Carnegie Hall. On discutera ailleurs de sa carrière solo mais dans les années 1940, Hackett, toujours un fin mélodiste, était déjà surtout connu pour son solo sur le String of Pearls de Glenn Miller et pour ses interprétations lyriques d'airs populaires comme ici When a Woman Loves a Man ou More Than You Know, interprétations qui allaient en faire dans les années 1950 un soliste prisé sur une série d'albums de musique légère parus sous le nom du comédien Jackie Gleason. Le quotient jazz est un peu plus élevé sur ces sessions Brunswick et Decca de 1943 et 1946, où on retrouve parmi ses accompagnateurs les pianistes Frank Signorelli ou Johnny Guarnieri, les guitaristes Carl Kress ou l'increvable Eddie Condon, voire même Cozy Cole à la batterie; sur une pièce comme Rose Room, l'esprit de Bix refait, effectivement, furtivement surface... 

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