mercredi 2 novembre 2016

Les disques Radio-Canada International (un AUTRE work in progress).

Ceux qui collectionnent les disques publiés entre la fin des années 1960 et les années 1980 par Radio-Canada/CBC sur l'étiquette Radio-Canada International connaissent les différentes pochettes utilisées pour les diverses éditions de ces albums. Mais leur chronologie exacte n'est pas toujours claire, et il ne semble y avoir aucun guide en ligne pour démêler les différents pressages. J'essaierai d'accumuler ici le plus d'informations possibles au sujet de ces différentes pochettes et étiquettes. 

Les pochettes

1. La première pochette utilisée pour ces éditions semble avoir été celle-ci, que je daterais de 1966-69 environ:


À noter que certains disques sont parus en collaboration avec d'autres labels, et ont donc quelquefois une pochette originale comme c'est le cas avec les deux premiers pressages du disque du Quatuor de Jazz Libre du Québec (CBC/London), le premier pressage de Jazzzzz de Lee Gagnon (CBC/Barclay) tout comme avec le disque double de Sonny Greenwich et Don Thompson (CBC/Sackville). 



2. Chronologiquement, la deuxième pochette devrait être celle-ci, utilisée probablement entre 1969 et 1972. 


3. Je ne suis pas certain de la chronologie, mais cette pochette semble aussi avoir été utilisée au début des années 1970, avec le label rose. 


4.  La pochette orange et blanche fut utilisée probablement vers 1972-1974. 


Noter le disque de Bill Evans au Camp Fortune, enregistré en 1974. Le label est rose et la pochette est une pochette générique trouée blanche, rose et violette (noter que le numéro de catalogue est hors-série, utilisant le préfixe RM): 


5. La pochette au «soleil» est la suivante, vers 1974-1976 (noter la variation avec une ouverture semblable aux pochettes pour singles 12"). 


6. La pochette blanche «à la portée» est assez courante, utilisée probablement vers 1976-1977. 


7. Je déduis que la pochette argentée devait être utilisée entre 1978 et le début des années 1980.  


8. Au début des années 1980, une pochette rouge personnalisée est utilisée, toujours avec le label bleu foncé:


9. Pochette du milieu des années 1980:


Je ne crois pas que celle-ci fut utilisée pour les disques de jazz, mais elle semble dater de 1987 environ: 


Il faudrait aussi ajouter la pochette générique brune et orange dédiée aux transcriptions d'émissions de radio, en opposition aux disques proprement dits. Ci-dessous, la transcription d'enregistrements d'Oscar Peterson avec le contrebassiste Austin Roberts, parue en 1990 (image de piètre qualité, c'est la seule que j'ai trouvée sur le web).



Les labels

Selon les années, les différents labels utilisés dénotent sans doute mieux les pressages que les pochettes. 

1. Le label utilisé à la fin des années 1960 était rayé vert et jaune:


2. Le label suivant est rose et fut utilisé avec les pochettes 2, 3 et 4 (les pressages les plus anciens avaient un deep groove): 


3. Le troisième label est bleu et semble correspondre aux pochettes 5 à 9:


4. Label (unique?) d'un disque de la chanteuse Almeta Speaks (RCI 542), vers 1982:


5. Label du disque de transcription radio d'Oscar Peterson mentionné ci-dessus (RCI 639, 1990):



Catalogue des titres jazz parus sur CBC Radio-Canada et Radio-Canada International

263: Lance Harrison Dixieland Band. 
264 / RCI 264: Maynard Ferguson Sextet (Enregistrement: mai 1967). Pochette 1. Pochette 4. Pochette 6. Pochette 7.
265: Maynard Ferguson and his Orchestra (Enregistrement: juin 1967). 
266 / RCI 266: Alex Read & His Tin Pan Alley Cats / Al Harris: The 5 Guitars of Al Harris (information incomplète).
267 / RCI 267: Pierre Leduc et son Quatuor (Enregistrement: septembre 1967). Pochette 1. Pochette 3. Pochette 7.
268 / RCI 268: Moe Koffman Quartet (Enregistrement: septembre 1967).
271 / RCI 271: Le Quatuor de Jazz Libre du Québec (Enregistrement: décembre 1968, originalement publié conjointement avec London, NAS 13515). Pochette des premiers et deuxième pressages. Pochette 2. Pochette 5. 
288 / RCI 288: Lee Gagnon: Jazzzzz (Enregistrement: mai 1969, également publié conjointement avec Barclay, 80086).
304: Joe Sealy Trio. 
305: Paul Bley Trio (Enregistrement: décembre 1968). 
306: Emile Normand Sextet (Enregistrement: juin 1969). 
307: Trio Pierre Nadeau (Enregistrement: janvier 1970). 
308: Gerry Hoelke Group: Goin' Down Home.
309: Brian Barley Trio (Enregistrement: juin 1970). 
371: Willy Girard: Jazz Violin (Enregistrement: octobre 1970). 
374 / RCI 374: Ron Proby: Evian: The Music of Ron Proby (Enregistrement: juillet 1972). 
375 / RCI 375: Billy Robinson: Evolution's Blend
376 / RCI 376: Herby Spanier: Forensic Perturbations.
377: Fred Stone: The Music of / La Musique de Fred Stone (Enregistrement: octobre 1972). 
378 / RCI 378: Sadik Hakim (Enregistrement: février 1973). 

RCI 379: Sadik Hakim: Plays Duke Ellington (Enregistrement: septembre 1974, réédition de The Canadian Concert of Sadik Hakim, Can-Am CA 1800).
RCI 380: Lou Hooper: Lou Hooper, piano (Enregistrement: février 1973). 
RCI 398: Art Maiste: Pianostyles
RCI 399: Sonny Greenwich: Sun Song: The Music of Sonny Greenwich (Enregistrement: février 1974).
RCI 400: Ted Moses Quintet: Sidereal Time.
RCI 416: Bernie Senensky Trio (Enregistrement: mars 1975).
RCI 420: Al Michalek Quartet: Voices (Enregistrement: juin 1973).
RCI 425: Eric Stach: Fruit From Another Garden (Enregistrement: avril 1975).
RCI 428: Electric Ninja Group / Sunship Ensemble: Pacific Rim (Enregistrement: décembre 1974 et octobre 1975).
RCI 441: Jane Fair Jazz Quintet (Enregistrement: décembre 1975).
RCI 445: Alvinn Pall Sextet (Enregistrement: mars 1976).
RCI 455: The Nick Ayoub Jazz Quintet: The Music of Nick Ayoub (Enregistrement: février 1977).
RCI 456: Doctor Music, Doug Riley, leader (Enregistrement: mars 1977).
RCI 473: The Bug Alley Band / Diane Tell.
RCI 474: "Big" Miller (Enregistrement: février 1978).
RCI 480: Don Thompson Quartet (Enregistrement: septembre 1977).
RCI 503: Fraser MacPherson, Salome Bey, Ed Bickert Trio, All-Star Jazz Sextet: Jazz Canada Europe '79 (Coffret 4 LP. Enregistrement: 1979).
RCI 509: Philippe Lapointe (Enregistrement: mars 1980).
RCI 518: The Harvey Silver Dixieland Band (Enregistrement: mars 1980).
RCI 520: Skywalk: Live in Detroit.
RCI 521: L'Orchestre Sympathique: Live in Detroit (Enregistrement: août 1980).
RCI 528: Karen Young (Enregistrement: février 1981).
RCI 529: Letta Mbulu's Band / Sayyd Abdul Al-Khabyyr's Band: An Evening of African Music (Album double. Enregistrement: Septembre 1980). 
RCI 532: UZEB: Live in/à Bracknell (Enregistrement: juillet 1981).
RCI 541: Pat Perez: Coasting (Parution: 1983).
RCI 542: Almeta Speaks (Enregistrement: mai 1982).
RCI 543: Roy Reynolds: Live at Annabelle's - En Direct de Chez Annabelle's (Enregistrement: février 1982).
RCI 544: The Michael Stuart Quintet: Live in Bracknell - En Direct de Bracknell (Enregistrement: juillet 1982).
RCI 600 / IBGF/RCI 600: Jazz-Pop: Music From Canada / The Netherlands / Sweden / Switzerland.
RCI 603: Reg Schwager Trio with Jeannette Schwager: Here and Now (Enregistrement: janvier 1985). 
RCI 639: Oscar Peterson, piano; Austin Roberts, bass.

RM 224: The Bill Evans Trio: Camp Fortune 1974 (Enregistrement: 1974).

CBC 302 / CBC 303 / Sackville C2002 / C2003: Don Thompson / Sonny Greenwich: Love Song for a Virgo Lady / The Old Man and the Child (Enregistrement: janvier 1970). 

dimanche 25 septembre 2016

Baby Dodds: 1946 / Live (Blu Jazz).


Si on ne peut pas considérer Baby Dodds comme le premier batteur de jazz (il faudrait remonter aux pionniers de la Nouvelle-Orléans: Jean Vigne, "Dee Dee" Chandler, Louis "Old Man" Cottrell (Sr.), John MacMurray, "Red Happy" Bolton, "Ninesse" Trepagnier, ou encore Walter Brundy et Henry Zeno qui influencèrent directement Dodds - mais la plupart de ces anciens n'ont jamais enregistré...), il représente certainement sur disque le style «primitif» de batterie New Orleans dans son expression la plus complète. Frère cadet (comme l'indique son surnom) du grand clarinettiste Johnny Dodds, Warren "Baby" Dodds fit son apprentissage dans les fanfares et orchestres de danse de la ville, puis rejoignit en 1918 l'orchestre de Fate Marable sur les bateaux remontant le Mississippi, où il fit la connaissance d'un jeune trompettiste nommé... Louis Armstrong! Avec son frère, il fait ensuite partie du Creole Jazz Band de King Oliver (à partir de 1921), se rendant avec celui-ci en Californie, puis à Chicago, où ils seront bientôt rejoints par Armstrong. Sa présence dans la Cité des Vents dans les années 1920 lui assure une présence appréciable sur disque, avec Oliver, puis avec Jelly Roll Morton, au sein des groupes de son frère et dans les fameux Hot Seven et Hot Five de Armstrong en 1927; malheureusement, à cause des limites de l'enregistrement acoustique, son jeu n'est rendu que de façon très approximative sur les disques de l'époque. Après le départ de Oliver et Armstrong pour New York, les frères Dodds continuèrent de se produire à Chicago durant les années 1930 mais, la Dépression se faisant sentir, Baby s'occupera pendant un temps d'une flotte de taxis avec son autre frère, Bill. Après la mort de Johnny en 1940, Baby deviendra l'une des figures importantes du New Orleans Revival, jouant avec Sidney Bechet, Bunk Johnson, Art Hodes et Papa Mutt Carey, entre autres. 

Il n'est pas dans mon habitude de recommander un CD promotionnel mais, bizarrement, la seule compilation qui regroupe la plupart des faces importantes gravées par Dodds en 1946 ne fut disponible qu'en bonus d'un numéro du magazine italien Blu Jazz - on peut par ailleurs retrouver ces pièces sur les compilations Jazz à la Creole (qui inclut également de délectables chansons créoles) et Talking and Drum Solos. Inaugurant l'étiquette Circle dirigée par l'infatigable défenseur du jazz traditionnel, Rudi Blesh, Dodds recrée en trio le Wolverine Blues de Jelly Roll Morton, presque 20 ans après l'avoir enregistré avec le compositeur au piano et son frère Johnny à la clarinette... Cette nouvelle version n'est en rien inférieure à celle de 1927: Don Ewell s'acquitte à merveille de son rôle de pianiste et le merveilleux Albert Nicholas est à son meilleur à la clarinette, ici comme dans les deux autres pièces de ce trio, Buddy Bolden's Blues (une autre composition de Morton) et Albert's Blues. Mais ce qui rend ces enregistrements particulièrement précieux, ce sont les nombreux solos de Dodds (deux pour Circle et sept parus originalement sur un 25 cm Folkways, enregistrés quelques jours plus tard). Blesh raconte comment Dodds avait l'habitude de prendre un solo lorsqu'il jouait avec Bunk Johnson, pour qui cette pratique semblait totalement inutile («le batteur tient le rythme, et c'est tout!», aurait déclaré ce dernier...). Pourtant, les deux Drum Improvisations sont de parfaits exemples de la grande sensibilité musicale de Dodds, qui démontre sa technique sans aucune trace de cet exhibitionnisme qui gâche souvent les solos de batterie de style Dixieland... Ces deux pièces sont d'autant plus remarquables que Dodds joue sur une batterie qu'on pourrait qualifier d'archaïque: il n'utilise pas de cymbale hi-hat (charleston), pas de pieds de cymbales (ses cymbales étant perpendiculaires au sol et déposées directement sur des embouts posés sur une énorme grosse caisse), et favorise la cloche et les blocs (on peut voir à quoi ressemblait la batterie de Dodds sur l'illustration ci-dessous). 


Il tire cependant le meilleur de cette combinaison d'éléments que nombre de batteurs modernes trouveraient peu prometteuse; il est fascinant d'entendre enfin en détail et de façon très inventive tous les éléments typiques du drumming néo-orléanais... Pour la session Folkways, Dodds fut également interviewé et la prise baptisée Drums in the Twenties laisse place à sa parole, lui permettant d'expliquer les différents types d'engagements qu'un batteur de sa génération pouvait avoir («from street drums to orchestra work, from orchestra work to pit work, from pit work to concert work, from concert work to show work»), l'évolution du jeu de Bunk Johnson («Bunk used to play a blues style, everything he played was bluish») et la différence entre son jeu pour King Oliver et Louis Armstrong (illustrés par des exemples sur disque). Les deux Spooky Drums sont semblables aux Drum Improvisations (le no. 2 est quand même assez étourdissant!), alors que d'autres prises lui permettent de démontrer des éléments précis, comme le shimmy beat, la façon correcte de jouer les press rolls, quelques rudiments, un exercice de tom toms et deux pièces du répertoire jouées du seul point de vue du batteur (Careless Love Blues et Maryland My Maryland).

Pour compléter cette compilation, on trouve 8 pièces tirées d'un concert du 21 septembre au Town Hall à New York, permettant d'entendre Dodds avec certaines des figures majeures du jazz traditionnel et classique, dont Sidney Bechet (qui mange une version de China Boy tout rond), James P. Johnson (sur son Snowy Morning Blues et le fameux Maple Leaf Rag de Scott Joplin, les deux jouées sur des tempi trop rapides), l'excellent mais méconnu Johnny Windhurst (trompette), Mezz Mezzrow, Miff Mole, Muggsy Spanier, Pee Wee Russell (qui livre un de ses solos atypiques sur le Blues final), Art Hodes et Pops Foster.

Avec le regain d'intérêt pour le jazz traditionnel, Baby Dodds trouvera un public pour sa musique dans les dernières années 1940. Il devient l'un des habitués du Jimmy Ryan's à New York, et il tourne en France avec le groupe de Mezz Mezzrow en 1948, côtoyant lors du festival de Nice les formations de Rex Stewart et Louis Armstrong. Partageant son temps entre New York et Chicago, il fut victime d'une série d'AVCs entre 1949 et 1952 qui le laissèrent partiellement paralysé. Il continua malgré tout à jouer occasionnellement, et mourut en 1959.

Bien entendu, ce disque fascinera peut-être surtout les batteurs intéressés par l'origine de leur instrument, mais il est aussi un document précieux et permet d'aborder le jazz traditionnel d'un autre point de vue, mettant en lumière la grande capacité d'invention de celui qui fut l'un des pionniers de la batterie en jazz, ainsi que l'un des participants à quelques unes des séries d'enregistrements les plus importantes du jazz classique... Il faut donc apprécier la chance qu'il ait pu enregistrer de tels témoignages alors que son jeu était à sa pleine maturité, et se laisser un peu émerveiller par la capacité d'invention de ce grand pionnier de son instrument.

Dodds avait très peu enregistré sous son nom, mais en plus des deux compacts cités ci-dessus, on peut trouver chez American Music une anthologie où d'autres extraits d'entrevues avec le batteur côtoient des enregistrements avec les orchestres de Bunk Johnson et Wooden Joe Nicholas.

Ci-dessous, un rare extrait vidéo qui montre que Baby Dodds n'aurait rien eu à envier à Han Bennink...


lundi 5 septembre 2016

James P. Johnson: Harlem Stride Piano 1921-1929 (EPM).



Tout le monde a déjà entendu le thème de Charleston, pièce qui donna son nom à la danse fétiche de l'ère du jazz des années 1920. Bien peu pourtant pourraient prétendre connaître son compositeur, James Price Johnson, pourtant l'un des musiciens américains les plus importants de la première moitié du XXe siècle. Contrairement à la plupart des premiers musiciens de jazz, Johnson n'était pas né dans le Sud mais dans le New Jersey, en 1894. Dans les années 1910, installé définitivement à Harlem, il devait côtoyer d'autres pionniers du piano stride comme Willie 'The Lion' Smith, Eubie Blake et Luckey Roberts, réalisant plusieurs rouleaux de piano dès 1916 (on en retrouve un sélection sur Parlor Piano Solos From Rare Piano Rolls et sur Runnin' Wild). Accompagnateur prisé, notamment par Ethel Waters, Ida Cox et Bessie Smith, il prit également part à de nombreuses revues musicales, dirigeant Plantation Days et écrivant Runnin' Wild, dont est tirée Charleston. Son influence se fit ressentir sur de nombreux pianistes actifs à New York dans les années 1920, notamment Fats Waller qui fut son élève et l'un de ses associés fréquents. 

L'étiquette française EPM a réuni en une compilation exemplaire l'essentiel des enregistrements de Johnson dans les années 1920, période durant laquelle celui-ci développe ce style plus souple dérivé du ragtime qu'on baptisera stride (à cause des «enjambées» que faisait la main gauche des pianistes). Si trois faces primitives d'un orchestre anonyme nous permettent d'entendre quelques essais d'adaptation (cette version de Carolina Shout, malgré son interprétation rigide, est un rappel utile que Johnson avait, avant Jelly Roll Morton, tenté une forme d'orchestration de son style de piano), ce sont surtout les solos qui permettent de bien saisir l'essence de sa musique. Dès l'ouverture de The Harlem Strut, nous nous retrouvons projetés dans l'une de ces rent parties ou dans un club after hours du Harlem des années 1920 où les pianistes invités se lançaient mutuellement des défis de virtuosité; la version solo de Carolina Shout fut d'ailleurs l'une des aunes à laquelle on mesurait le talent des prétendants, comme en témoigna un jeune pianiste que Johnson devait fort impressionner, un certain Edward Kennedy Ellington, déjà surnommé «Duke»... Ici, malgré l'absence d'improvisation, le ragtime laisse déjà la place à un swing certain, et les parties où main gauche et main droite se répondent en syncope prennent un caractère orchestral et laissent facilement imaginer une adaptation en big band sous forme d'appel/réponse, un peu à la manière du célèbre King Porter Stomp de Morton, arrangé plus tard par Fletcher Henderson. Si les blues de Johnson ne font pas ressentir une forte influence vernaculaire, un morceau comme Worried and Lonesome Blues démontre tout de même sa maîtrise du style, certainement développée au contact de certaines des plus célèbres interprètes du genre. Johnson n'a jamais enregistré sa composition la plus célèbre pour le disque, mais il laissa néanmoins un rouleau de piano de Charleston (South Carolina), fort justement inclus ici - le rythme de la célèbre danse transcende l'interprétation inévitablement... mécanique. Le Snowy Morning Blues de 1927 est une de ses plus belles pièces, alliant la simplicité de la forme et l'élégance du propos (mariage que ne réussit pas tout à fait aussi bien Feeling Blue, qui reprend certains des mêmes éléments), alors que Riffs de 1929 est un autre morceau de bravoure assez éblouissant. Quatre sessions organisées par Perry Bradford (qui chante sur 4 morceaux) avec le trompettiste Louis Metcalf ou un jeune Cootie Williams (l'un étant déjà chez Ellington, l'autre allant bientôt le rejoindre) donnent à entendre quelques exemples de choix de jazz hot tel que pratiqué à New York - il ne pouvait pas nuire que le second piano ait été tenu par Fats Waller sur deux pièces! Waller retrouve d'ailleurs son maître pour la dernière session des années 1920, où les deux sont flanqués de King Oliver en personne et son orchestre de l'époque. Le titre de la dernière pièce de cette anthologie, You've Got to Be Modernistic, est quelque peu ironique vu que Oliver (et, dans une moindre mesure, Johnson lui-même) ne devait pas retrouver dans le jazz «moderne» la place qu'il avait déjà occupée dans les premières années 1920. Pourtant, une autre génération devait apprécier cette musique, et ce n'est pas un hasard si Thelonious Monk nommait James P. Johnson parmi les pianistes l'ayant le plus marqué.

Si Johnson reste d'abord associé au piano stride et au jazz hot des années 1920, il fut en plus de son activité de compositeur de revues musicales l'auteur de nombreuses oeuvres plus ambitieuses comme la rhapsodie Yamekraw pour piano et orchestre, Jassamine (concerto pour piano), des ballets et autres oeuvres symphoniques ainsi qu'un opéra en un acte sur un livret de Langston Hughes, De Organizer. Participant aux fameux concerts Spirituals to Swing organisés par John Hammond en 1938 et 1939, il enregistre abondamment dès la fin des années 1930, auprès de Sidney Bechet, Pee Wee Russell, Frankie Newton, Eddie Condon et Edmond Hall, par exemple, ainsi qu'avec ses propres groupes. Father of the Stride Piano (Columbia) nous permet d'entendre une dizaine de pièces de 1939 (en solo et avec une petite formation), alors que Snowy Morning Blues (GRP Decca) combine des solos de 1930 et une série de pièces de 1944, dont l'une de ses plus célèbres compositions, If I Could Be With You (One Hour Tonight) ainsi que 8 pièces associées à son ami et collègue, Fats Waller, disparu l'année précédente. Victime d'un premier AVC en 1940 qui le laissa inactif pendant 2 ans, Johnson en subit un deuxième en 1951 qui le laisse paralysé. Il mourra en 1955, âgé de 61 ans.

dimanche 4 septembre 2016

The Original Dixieland Jazz Band: The First Jazz Recordings 1917-1921 (Timeless).


La position de l'Original Dixieland Jazz Band dans l'histoire du jazz restera toujours unique et controversée. D'un côté, leur popularité immense dès la fin de la Première Guerre lança le premier engouement public (et mondial) pour le jazz. On ne saurait remettre en question leur talent certain et beaucoup de leurs enregistrements, aussi primitifs soient-ils, transmettent toujours, près d'un siècle plus tard, une vitalité et une énergie hors du commun; on peut comprendre sans peine la réaction sans précédent du public de 1917 (leur premier disque fut quand même le premier à vendre un million de copies). De plus, leur répertoire allait fournir la base de celui des orchestres de Dixieland pour le siècle à venir, avec des titres comme Tiger Rag, At the Jazz Band Ball, Fidgety Feet, Clarinet Marmalade et Margie. D'un autre côté, on peut critiquer leur côté vaudevillesque (un thème comme Palesteena appartient sans doute plus au music-hall qu'au jazz, et Woody Allen ne s'y trompa pas lui qui en fit la bande sonore d'un numéro d'illusionniste...), et les prétentions révisionnistes du leader et cornettiste Nick LaRocca dans les années 1950 (il se présentait comme le seul inventeur du jazz et dénigrait la contribution des musiciens Noirs) ne purent que mettre à mal la réputation du groupe.

Pourtant, LaRocca et ses compères ne pouvaient que bien connaître les origines de la musique qu'ils contribuèrent à populariser. Le cornettiste lui-même, fils d'immigrants siciliens, était né à la Nouvelle-Orléans, tout comme le clarinettiste Larry Shields (qui avait été voisin du légendaire Buddy Bolden), le batteur Tony Sbarbaro et le tromboniste Eddie Edwards. Les quatre avaient fait leurs armes dans le Reliance Brass Band de Papa Jack Laine, qui, malgré les lois ségrégationnistes en vigueur dans le Sud, engageait quand même des musiciens de toutes les origines, faisant occasionnellement passer des créoles comme Lorenzo Tio ou Alphonse Picou pour des musiciens cubains ou mexicains! Les origines de l'ODJB remontent à 1916, année où un promoteur de Chicago offrit au clarinettiste Alcide 'Yellow' Nunez et au batteur Johnny Stein de former un groupe de musiciens de la Nouvelle-Orléans pour concurrencer celui du tromboniste Tom Brown, qui avait à l'époque un assez bon succès dans la Cité des Vents. Nunez et Stein (qui fut le premier leader du groupe baptisé d'abord Stein's Dixie Jass Band) engagèrent Edwards et le pianiste Henry Ragas, ainsi que le cornettiste Frank Christian. Ce dernier ayant décidé de ne pas quitter la Nouvelle-Orléans, il fut remplacé par LaRocca. Stein fut rapidement écarté et, avec le batteur Tony Sbarbaro, le groupe prit le nom de Dixie Jass Band. LaRocca ne s'entendant pas bien avec Nunez, le clarinettiste décida de rejoindre le groupe de Tom Brown, le clarinettiste de celui-ci, Larry Shields, échangeant sa place avec Nunez pour intégrer l'ODJB. (Brown et Nunez allaient collaborer plus tard au sein du Happy Six, réalisant plusieurs enregistrements pour Columbia). Au début de 1917, le groupe est à New York, engagé au café Reisenweber. Après avoir réalisé une audition pour Columbia en janvier, le groupe est finalement enregistré par Victor le 26 février, gravant Dixie Jass Band One-Step et Livery Stable Blues. Ce disque, considéré par les historiens comme le premier disque de jazz, et fut vendu à plus d'un million d'exemplaires, fracassant les records des artistes les plus populaires des débuts de l'enregistrement sonore, Enrico Caruso et John Philip Sousa!

Débutant avec ces deux titres, le label britannique Timeless a réuni sur cette anthologie les 23 faces gravées par l'ODJB pour Victor entre 1917 et 1921. Force est de reconnaître, malgré les limites de l'enregistrement acoustique et les effets parfois vaudevillesques (Livery Stable Blues donne lieu, comme son nom l'indique, à toutes sortes de bruits de basse-cour...), que les tempos endiablés, le lead solide de LaRocca, les variations perçantes de Shields, le trombone agile de Edwards, les ponctuations intelligentes de Sbarbaro (évidemment surtout sur les woodblocks et cymbales, limites de l'enregistrement obligent...) ont gardé tout leur charme. Seul le piano (de Ragas puis, après sa disparition prématurée en 1919 lors de la grande épidémie de grippe espagnole, de J. Russel Robinson, compositeur de Margie et Singin' the Blues) est plutôt inaudible. LaRocca démontre une affinité pour le blues: ses attaques growl sont particulièrement efficaces dans Bluin' the Blues par exemple (le groupe reprend d'ailleurs le hit de Mamie Smith et Perry Bradford, Crazy Blues, dès janvier 1921) et les ensembles dégagent un certain swing, plutôt sautillant que détendu, mais toujours communicatif, ce qui tout de même remarquable pour des enregistrements bientôt centenaires!

Évidemment, la popularité de l'ODJB lui garantit nombre d'imitateurs quasi immédiats: d'anciens membres comme Alcide Nunez avec le Louisiana Five et Johnny Stein et Frank Christian avec l'Original New Orleans Jazz Band (dans lequel débuta Jimmy Durante) connurent un certain succès dans les années 1917-20 et enregistrèrent assez régulièrement. Les jazz bands (certains n'ayant qu'une relation ténue au jazz) qui pullulèrent dans les années de l'immédiate-après guerre sont un phénomène découlant directement du travail de l'ODJB. L'absence d'enregistrements antérieurs leur donne évidemment la préséance, mais nous devons également nous questionner sur la récupération d'une forme afro-américaine par des musiciens Blancs - d'ailleurs, la vogue du jazz ne donnera une voix aux musiciens Noirs que tardivement, les premiers enregistrements d'ensembles afro-américains ne datant que de 1922-23, bien après la vogue initiale de l'Original Dixieland Jazz Band. Nous savons aussi que la majorité des compositions de ces musiciens étaient en fait des emprunts au répertoire métissé de la Nouvelle-Orléans où ils firent leurs premières armes - la composition la plus célèbre de Nick LaRocca, Tiger Rag, proviendrait par exemple d'un vieux quadrille français et aurait déjà été connue sous les titres Jack CareyNumber Two ou Weary Weasel. Quoiqu'il en soit, il est indéniable que la position de l'Original Dixieland Jazz Band comme premier groupe ayant enregistré, comme premier phénomène populaire de l'histoire du jazz, lui donne une importance primordiale, et ce corpus d'enregistrements (auxquels on pourra éventuellement ajouter les faces gravées pour Columbia - voir Ragtime to Jazz 1, celles de leur séjour londonien et celles gravées pour Okeh - les deux dernières séries disponibles sur étiquette Retrieval: In London 1919-1920 Plus: The Okeh Sessions 1922-1923) doit faire partie de toute collection de jazz qui se respecte.

mardi 28 juin 2016

Krzysztof Komeda: Crazy Girl (Power Bros, 1960-64).



Dans sa vie professionnelle, Krzysztof Trzcinski, né en Pologne entre les deux guerres, était otorhinolaryngologiste. Mais c'est surtout sous le nom de Komeda qu'on se souviendra de lui, beaucoup comme compositeur de musiques de films (pour Polanski: Le Couteau dans l'eau, Cul-de-sac, Le Bal des vampires, Rosemary's Baby, mais aussi pour Wajda, Skolimowski et Henning Carlsen), et aussi certainement comme l'un des musiciens de jazz les plus importants d'Europe de l'Est. Avec Andrzej Trzaskowski et Jan Ptaszyn Wroblewski, il est parmi les premiers à jouer du jazz moderne en Pologne, à une époque où c'est une musique encore considérée comme suspecte par les autorités. Il participe au festival de jazz de Sopot en 1956 et 1957, évènements majeurs pour l'émergence du nouveau jazz en Europe de l'Est, puis aux différentes éditions du Jazz Jamboree de Varsovie. Crazy Girl compile des enregistrements de ce dernier festival de 1960, 1961 et 1964. S'étant produit au Golden Circle de Stockholm au printemps 1960, Komeda avait tissé des liens avec certains musiciens scandinaves, dont le jeune saxophoniste Bernt Rosengren, qui commençait également à se faire un nom depuis sa participation au Jazz Club 57 et au festival de Newport en 1959. C'est pour lui que Komeda avait écrit une de ses plus belles compositions, Ballad For Bernt, qui ouvre le disque et qui fut également le thème mémorable du Couteau dans l'eau de Polanski. Le saxophoniste prête également son jeu agile à deux autres compositions de Komeda, Crazy Girl et Typish Jazz, ainsi qu'à une version de Stella by Starlight et à An Oscar For Treadwell de Charlie Parker, bizarrement rebaptisée ici An Oscar For a Devil et pourvue d'une interprétation particulièrement robuste. Le trio de Komeda est également augmenté du guitariste américain Jimmy Gourley, déjà installé en Europe depuis plusieurs années, sur une paire de standards. Parmi les pièces restantes, toutes interprétées en trio, retenons Moja Ballada, une autre belle ballade de Komeda, et le blues This or This. Unique pièce de 1964, Sophia's Tune, dédiée à l'épouse du pianiste, est interprétée par un quintette nous permettant d'entendre un jeune Tomasz Stanko (très influencé par Miles Davis), ainsi que Michal Urbaniak, ce dernier n'ayant pas encore troqué son saxophone ténor pour le violon, instrument auquel il est plus généralement associé. Parmi les nombreux CDs de Komeda disponibles, Crazy Girl offre peut-être le meilleur portrait de la première partie de la (courte) carrière du pianiste.


dimanche 19 juin 2016

Eubie Blake: Memories of You (Biograph, 1915-73)


Peu importe si Eubie Blake est né en 1883 (comme il le revendiquait lui-même) ou en 1887, il reste qu'il fait indéniablement partie de la première génération d'artistes afro-américains à s'être fait entendre sur disque. Même si lui-même se définissait plutôt comme un pianiste de ragtime, sa musique est en fait transitoire entre le style plus rigide et strictement écrit des premiers compositeurs de ragtime (Scott Joplin, James Scott, Tom Turpin, sans oublier notre propre Jean-Baptiste Lafrenière!) et celui des premiers pianistes stride comme James P. Johnson et Fats Waller. Avec Noble Sissle, il est l'auteur de la première comédie musicale de Broadway écrite par des afro-américains (Shuffle Along, 1921), et de certaines des mélodies les plus populaires de leur époque, comme I'm Just Wild About Harry et Memories of You, titre de cette collection d'enregistrements réalisés à partir de rouleaux de piano datant pour la plupart de sa première notoriété, entre 1915 et 1921. On prend toute la mesure de sa célébrité à l'époque quand on sait qu'il apparut avec Sissle dans certains des premiers essais de cinéma sonore dès 1923 pour le procédé Phonofilm.



Si certaines de ces pièces appartiennent en effet sans équivoque au ragtime (Charleston Rag, son premier succès, qu'il affirmait avoir écrit en 1899), l'affinité de Blake avec des formes vernaculaires (il y a pas moins de 8 blues sur les 15 pièces ici, y compris le célèbre Memphis Blues de W.C. Handy) le classent définitivement parmi les premiers musiciens à effectuer la synthèse entre le ragtime et la musique populaire, synthèse qui scelle son importance dans le premier jazz. Ses deux compositions les plus célèbres, I'm Just Wild About Harry et Memories of You, furent pour leur part «mises en rouleau» par un (presque) nonagénaire en 1973. Le style est bien le même, bien qu'un peu moins rigide, mais en général le disque s'écoute particulièrement bien, les rouleaux de piano s'enchaînant avec une fluidité remarquable pour des pièces presque centenaires. En tout et pour tout, ce disque offre un portrait utile d'un compositeur d'importance dont la carrière s'est étendue sur neuf décennies! 

samedi 11 juin 2016

La discothèque idéale, version (surtout) CD (un work in progress)

Si comme moi vous avez passé une bonne partie de votre vie de mélomane le nez dans les éditions successives du vénérable Penguin Guide to Jazz ou en ligne sur Allmusic, vous connaissez la relation trouble de l'amateur pour ces guides qui savent certes être éclairants mais aussi parfois frustrants dans leurs parti-pris, leurs omissions ou leur classement. Qui n'a pas songé faire son palmarès personnel, aller au-delà de la sempiternelle «liste pour l'île déserte», voire s'improviser spécialiste? Eh bien, en prenant comme modèle la dernière édition du Penguin Guide to Jazz de Brian Morton et du regretté Richard Cook, c'est ce que je me propose de faire ici. Avec cette liste en constante évolution, je n'ai pas l'ambition de dégager les «meilleurs disques de jazz» ou un quelconque «top-...», mais plutôt une discothèque idéale, comme il y a des bibliothèques idéales... J'essaierai de représenter tous les musiciens importants, même si certains de ceux-ci ne sont pas nécessairement parmi mes favoris. Éventuellement, j'ajouterai de petits textes expliquant mes choix. Prêts? Lançons-nous... 


1. LA PÉRIODE ARCHAÏQUE


Various: Ragtime to Jazz 1 (Timeless, 1912-19).
Various: Ragtime to Jazz 2 (Timeless, 1916-22).

Eubie Blake: Memories of You (Biograph, 1915-73). Chronique ici

Original Dixieland Jazz Band: The First Jazz Recordings 1917-1921 (Timeless). Chronique ici. 

Original Memphis Five: Original Memphis Five Groups: Jazz Archives No. 16 (Village, 1921-25). 

James P. Johnson: Harlem Stride Piano (EPM, 1921-29). Chronique ici






Various: Richmond Rarities (Jazz Oracle, 1927-1933).

Various (Oscar ‘Papa’ Celestin, Fate Marable, Jones & Collins Astoria Eight, Armand Piron, Louis Dumaine, Kid Ory, Sam Morgan, Johnny Dodds, Erskine Tate, Freddie Keppard, Doc Cooke): Breaking Out of New Orleans (JSP, 1922-29).

Bessie Smith: Chattanooga Gal (Proper, 1923-33).

Johnny Dodds & Jimmy Blythe: 1926-1928 (Timeless).

Eddie Lang, Joe Venuti: The New York Sessions (JSP, 1926-35).

Bix Beiderbecke, Frankie Trumbauer: Bix & Tram (JSP, 1927-34). 



McKinney's Cotton Pickers: Put It There: Volume 1 - 1928-1929 (Frog). 

Tiny Parham: 1928-1930 (Timeless). 


Jack Teagarden: Big 'T' (Proper, 1928-53). 









3. LES ANNÉES 30




Fletcher Henderson: Tidal Wave (GRP Decca, 1931-34). 

The Mills Blue Rhythm Band: Harlem Heat (ASV Living Era, 1931-36). 






The Spirits of Rhythm: 1932-1941 (Retrieval). 

Various (Garland Wilson, Herman Chittison, Charlie Lewis): Harlem Piano in Montmartre (EmArcy Gitanes, 1932-41). 








Dicky Wells & Bill Coleman: In Paris (Affinity, 1936-38). 























Metronome All Stars / Esquire All Stars: Summit Meetings (Frémeaux & Associés, 1939-50). 













Lucky Millinder: Apollo Jump (Proper, 1941-51). 







Various (Tiny Grimes, John Hardee, Ike Quebec, Benny Morton, Jimmy Hamilton): The Blue Note Swingtets (Blue Note, 1944-46).










Boyd Raeburn: Jewells (Savoy, 1945-49). 


Lennie Tristano: Intuition (Proper, 1945-52). 






Luckey Roberts / Ralph Sutton: The Circle Recordings (Solo Art, 1946-52). 



Various (Stan Getz, Al Cohn, Serge Chaloff, Brew Moore, Allen Eager): Brothers and Other Mothers (Savoy, 1946-50). 
Various (Brew Moore, Allen Eager, Al Cohn, Phil Urso): Brothers and Other Mothers Vol. 2 (Savoy, 1947-56). 










5. LES ANNÉES 50



Gerry Mulligan: Jeru (Proper, 1951-1954).




Howard Rumsey's Lighthouse All-Stars: Sunday Jazz à la Lighthouse (Contemporary / OJC, 1953). 
Howard Rumsey's Lighthouse All-Stars: Volume Three (Contemporary / OJC, 1952-55). 






Buddy DeFranco: Mr. Clarinet (Verve, 1953). 











Dick Twardzik: Dick Twardzik Trio: Complete Recordings (LoneHill Jazz, 1954). 

Dinah Washington: Dinah Jams (EmArcy, 1954). 












Ruby Braff & Ellis Larkins: The Complete Duets (Definitive, 1955). 














Serge Chaloff: Blue Serge (Capitol, 1956). 










Oscar Peterson: The Oscar Peterson Trio: At the Stratford Shakespearean Festival (Verve, 1956). 






Clark Terry: Daylight Express (GRP Chess, 1956-57). ou Paul Gonsalves, Clark Terry: Paul Gonsalves-Clark Terry Quintet: Complete Recordings (LoneHill Jazz, 1956-57). 



Curtis Counce: Curtis Counce Quintet: Complete Studio Recordings (Gambit, 1956-58). 




Clifford Jordan, John Gilmore: Blowing in From Chicago (Blue Note, 1957). 










Al Cohn, Zoot Sims: Al and Zoot (GRP Chess, 1957). 



Warne Marsh: Warne Marsh Trio/Quartet: Coast to Coast (LoneHill Jazz, 1957-58). 









Cannonball Adderley: Somethin' Else (Blue Note, 1958). 










Curtis Fuller: Blues-ette (Savoy, 1959). 







Jackie McLean: New Soil (Blue Note, 1959). 















6. LES ANNÉES 60



Art Farmer, Benny Golson: Meet the Jazztet (GRP Chess, 1960).




























Eric Dolphy & Booker Little: Memorial Album (Prestige / OJC, 1961).

















Cecil Taylor / Roswell Rudd: Mixed (Impulse!, 1961-66).











Prince Lasha, Sonny Simmons: The Cry! (Contemporary / OJC, 1962).


































Polish Jazz Quartet / Jan Ptaszyn Wroblewski: Polish Jazz Quartet (Power Bros. / Polskie Radio, 1964). 

Bobby Hutcherson: Dialogue (Blue Note, 1965). 
Bobby Hutcherson: Components (Blue Note, 1965). 

Pete La Roca: Basra (Blue Note, 1965). 

John Coltrane: Ascension (Impulse!, 1965). 

Larry Young: Unity (Blue Note, 1965). 

François Tusques: 1965, Free Jazz (In Situ). 

Gunter Hampel: Heartplants (MPS, 1965). 

Ted Curson: Urge (Fontana, 1966). 

Roscoe Mitchell: Sound (Delmark, 1966). 

Joseph Jarman: Song For (Delmark, 1966). 

Alexander von Schlippenbach: Globe Unity (MPS, 1966). 

Manfred Schoof: Voices (CBS / L+R, 1966). 

Bernie McGann: 1966 (Sarang Bang). 

Anthony Ortega: New Dance (hatOLOGY, 1966-67). 


Willem Breuker, Han Bennink: New Acoustic Swing Duo (ICP, 1967). 

James Zitro: Zitro (ESP-Disk', 1967). 

Sadao Watanabe, Charlie Mariano: Iberian Waltz (Tact Jazz Series / Columbia, 1967-68). 


Gruppo Romano Free Jazz 1966/67, Schiano Trio 1969/70: Ecstatic (Splasc(h), 1967-70). 

The Jazz Composer's Orchestra: The Jazz Composer's Orchestra (JCOA, 1968). 

Peter Brötzmann: Machine Gun (FMP, 1968). 

The Spontaneous Music Ensemble: Karyobin (Island / Chronoscope, 1968). 
Kenny Wheeler, John Dankworth: Windmill Tilter (Fontana / BGO, 1968). 

John McLaughlin: Extrapolation (Polydor, 1969). 


The Tony Williams Lifetime: Emergency! (Polydor, 1969). 


(Albert) Kuumba-Toudie Heath: Kawaida (O'be / DJM / Trip Jazz, 1969). 

Les McCann & Eddie Harris: Swiss Movement (Atlantic, 1969). 

Jeremy Steig: Legwork (Solid State, 1969). 

Gil Evans: Blues in Orbit (Enja, 1969-71). 

Miles Davis: Big Fun (Columbia, 1969-72). 


7. LES ANNÉES 70

Thad Jones, Mel Lewis: Consummation (Blue Note, 1970). 

Evan Parker, Derek Bailey, Han Bennink: The Topography of the Lungs (Incus / psi, 1970). 

Freddie Hubbard: Red Clay (CTI, 1970). 

Phil Woods and his European Rhythm Machine: At the Frankfurt Jazz Festival (Embryo / Atlantic, 1970). 

Pharoah Sanders: Black Unity (Impulse!, 1971). 

Chris McGregor's Brotherhood of Breath: Brotherhood (RCA / Fledg'ling, 1971). 

Terje Rypdal: Terje Rypdal (ECM, 1971). 




Barry Guy, London Jazz Composers' Orchestra: Ode (Incus / Intakt, 1972). 


Dave Holland: Conference of the Birds (ECM, 1972).

Alexander von Schlippenbach Trio: Pakistani Pomade (FMP / Atavistic, 1972). 

Johnny Dyani, Okay Temiz, Mongezi Feza: Music For Xaba (Sonet / Antilles, 1972). 
Johnny Dyani, Okay Temiz, Mongezi Feza: Music For Xaba Volume Two (Sonet, 1972). 




Herbie Hancock: Sextant (Columbia, 1972).

Rashied Ali, Frank Lowe: Duo Exchange (Knit Classics, 1972). 



Albert Mangelsdorff: Birds of Underground (MPS, 1972). 
Albert Mangelsdorff: Solo (MPS, 1972-82). 

Dollar Brand (Abdullah Ibrahim): African Space Program (Enja, 1973). 

Julian Priester: Love, Love (ECM, 1973). 










John Abercrombie: Timeless (ECM, 1974).

Jackie McLean & Michael Carvin: Antiquity (SteepleChase, 1974). 



Gary Burton, Steve Swallow: Hotel Hello (ECM, 1974). 

Dave Liebman: Drum Ode (ECM, 1974). 

Paul Motian: Tribute (ECM, 1974). 




Ralph Towner: Solstice (ECM, 1974). 

Ernst-Ludwig Petrowsky, Conrad Bauer, Ulrich Gumpert, Günter Sommer: Synopsis (Amiga, 1974). 








Eberhard Weber: Yellow Fields (ECM, 1975). 





Cedar Walton, George Coleman, Sam Jones, Billy Higgins: Eastern Rebellion (Timeless, 1975). 


Hannibal (Marvin Peterson) and the Sunrise Orchestra: Hannibal (MPS, 1975). 

Tomasz Stanko: Balladyna (ECM, 1975). 

Stan Getz Presents Jimmie Rowles: The Peacocks (Columbia, 1975).

Michel Pilz, Peter Kowald, Paul Lovens: Carpathes (FMP, 1975).

Ornette Coleman: Body Meta (Artists House / Verve Harmolodic, 1975).

Willem Breuker Kollektief: Live in Berlin (BVHaast/FMP, 1975).

Irène Schweizer, Rüdiger Carl, Louis Moholo: Messer und... (FMP, 1975-77). 










Steve Lacy: Hooky (Emanem, 1976). 

Milford Graves: Bäbi (IPS, 1976).

Oregon, Elvin Jones: Together (Vanguard / Universe, 1976).

Beaver Harris, Dave Burrell: The 360 Degree Music Experience: In:Sanity (Black Saint, 1976).

Elton Dean's Ninesense: Happy Daze / Oh! For the Edge (Ogun, 1976-77).

Joe McPhee: Tenor & Fallen Angels (hatOLOGY, 1976-77).

Doc Cheatham & Sammy Price: Duets & Solos (Sackville, 1976-79).

Leszek Zadlo / Alan Skidmore: The EGO Recordings of Leszek Zadlo / Alan Skidmore (Organic Music, 1976-79).

Steve Lacy: Scratching the Seventies: Dreams (Saravah, 1969-1977).

Buddy Tate, Abdullah Ibrahim: Buddy Tate Meets Abdullah Ibrahim: The Legendary 1977 Encounter (Chiaroscuro, 1977).

Frank Foster, The Loud Minority Band: Well Water (Piadrum, 1977).

Zoot Sims, Jimmy Rowles: If I'm Lucky (Pablo / OJC, 1977).

Hamiet Bluiett: Im/possible to Keep (India Navigation, 1977).

Air: Air Time (Nessa, 1977).

Arthur Doyle: Alabama Feeling (Ak-Ba / DRA / Rank and File, 1977).

Steve Reid: Odyssey of the Oblong Square (Mustevic Sound / Universal Sound, 1977).

Eddie Prévost: Live Vols. 1 & 2 (Matchless, 1977).

Billy Hart: Enchance (A&M, 1977).

David S. Ware / Apogee: Birth of a Being (hatHut / AUM Fidelity, 1977).

Barry Altschul: You Can't Name Your Own Tune (Muse / 32 Jazz, 1977).

Chet Baker: The Best Thing For You (A&M, 1977).

Lol Coxhill: Coxhill On Ogun (Ogun, 1977-78).

Scott Hamilton: From the Beginning (Concord, 1977-78).

Cecil Taylor: One Too Many Salty Swift and Not Goodbye (hatOLOGY, 1978).

James Blood Ulmer: Tales of Captain Black (Artists House / DIW, 1978).

Leroy Jenkins: Space Minds, New Worlds, Survival of America (Tomato, 1978).

Ken McIntyre: Chasing the Sun (SteepleChase, 1978).

George Coleman: Amsterdam After Dark (Timeless, 1978).

Johnny Griffin: Bush Dance (Galaxy, 1978-83).

Louis Moholo-Moholo: Bra Louis - Bra Tebs / Spirits Rejoice! (Ogun, 1978-95).

Jack DeJohnette: Special Edition (ECM, 1979).

Arthur Blythe: Lenox Avenue Breakdown (Columbia / Koch, 1979).

Betty Carter: The Audience With Betty Carter (Bet-Car / Verve, 1979).

George Lewis: Homage to Charles Parker (Black Saint, 1979).

Art Pepper: Straight Life (Galaxy / OJC, 1979).

Sam Rivers: Contrasts (ECM, 1979).

Daniel Humair, François Jeanneau, Henri Texier: Humair Jeanneau Texier (Owl, 1979).

Günter Sommer: Hörmusik (Amiga / FMP, 1979).

John Surman: Upon Reflection (ECM, 1979).

Kenny Wheeler: Around 6 (ECM, 1979).

Billy Bang: Sweet Space / Untitled Gift (8th Harmonic Breakdown, 1979-82).


8. LES ANNÉES 80


World Saxophone Quartet: W.S.Q. (Black Saint, 1980).

Clark Terry: Memories of Duke (Pablo / OJC, 1980).

David Murray: Ming (Black Saint, 1980).

The Ganelin Trio: Ancora Da Capo (Leo, 1980).

Ronald Shannon Jackson and the Decoding Society: Eye On You (About Time, 1980).

Jaco Pastorius: Word of Mouth (Warner Bros., 1980).

Various: Document - The 80s: New Music From Russia (Leo, 1980-89).

Chico Freeman: Destiny's Dance (Contemporary / OJC, 1981).

Bill Dixon: November 1981 (Soul Note).

Gary Peacock: Voice From the Past - Paradigm (ECM, 1981).

Bengt Berger: Bitter Funeral Beer (ECM, 1981).

Vienna Art Orchestra: From No Time to Rag Time (hatART, 1982).

Andrew Cyrille: The Navigator (Soul Note, 1982).

The Microscopic Septet: Seven Men in Neckties: History of the Micros Volume One (Cuneiform, 1982-84).

Detail (Johnny Dyani, Frode Gjerstad, John Stevens): Backwards and Forwards - First Detail (Impetus, 1982-85).

Craig Harris: Black Bone (Black Saint, 1983).

Keith Jarrett: Setting Standards: New York Sessions (ECM, 1983).

Amina Claudine Myers: Salutes Bessie Smith (Leo, 1983).

Graham Collier: Hoarded Dreams (Cuneiform, 1983).

Paul Rutherford: Gheim (Emanem, 1983).

Lee Konitz, Martial Solal: Star Eyes, Hamburg 1983 (hatOLOGY).

String Trio of New York: Rebirth of a Feeling (Black Saint, 1983).

Henry Threadgill: Just the Facts and Pass the Bucket (About Time, 1983).

Tony Coe: Coe, Oxley & Co.: Nutty (hatART, 1983).

Anthony Davis: Hemispheres (Gramavision, 1983).

Chet Baker: Blues For a Reason (Criss Cross, 1984).

Cecil Taylor: Winged Serpent (Sliding Quadrants) (Soul Note, 1984).

Martial Solal: Solal et son Orchestre Jouent Hodeir (Carlyne Music, 1984).

Pierre Dørge, New Jungle Orchestra: Brikama (SteepleChase, 1984).

Hamiet Bluiett: The Clarinet Family (Black Saint, 1984).

Misha Mengelberg, Steve Lacy, George Lewis, Harjen Gorter, Han Bennink: Change of Season (Music of Herbie Nichols) (Soul Note, 1984).

John Carter: Castles of Ghana (Gramavision, 1985).

Joe Henderson: The State of the Tenor: Live at the Village Vanguard (Blue Note, 1985).

Wynton Marsalis: J Mood (Columbia, 1985).

Pat Metheny, Ornette Coleman: Song X: Twentieth Anniversary Edition (Nonesuch, 1985).

Bobby Watson: Love Remains (Red, 1986).

Ran Blake: Short Life of Barbara Monk (Soul Note, 1986).

Last Exit: Last Exit (Enemy, 1986).

Vinny Golia: Regards From Norma Desmond (Fresh Sound New Talent, 1986).

Dennis Gonzalez: Stefan (Silkheart, 1986).

ICP Orchestra: Bospaadje Konijnehol I (ICP, 1986-91).

Tim Berne: Fulton Street Maul (Columbia / Koch, 1987).

Keith Tippett: Mujician III (August Air) (FMP, 1987).

Charles Brackeen: Worshippers Come Nigh (Silkheart, 1987).

Charlie Haden / Paul Motian feat. Geri Allen: Etudes (Soul Note, 1987).

Paul Smoker: Genuine Fables (hatART, 1988).

Herb Robertson: Shades of Bud Powell (JMT / Winter & Winter, 1988).

Toots Thielemans: Only Trust Your Heart (Concord, 1988).

J.J. Johnson: Quintergy: Live at the Village Vanguard (EmArcy, 1988).

Franz Koglmann: A White Line (hatART, 1989).

Horace Tapscott: The Dark Tree (hatOLOGY, 1989).

Barry Guy & The London Jazz Composers' Orchestra: Harmos (Intakt, 1989).

Thomas Heberer, Dieter Manderscheid: Chicago Breakdown (Jazz Haus Musik, 1989).

Max Roach, Dizzy Gillespie: Max + Dizzy, Paris 1989 (A&M).


9. LES ANNÉES 90



Kenny Wheeler: Music For Large and Small Ensembles (ECM, 1990).

Cecil Taylor: CT: The Quartet: Nailed (FMP, 1990).

Sun Ra: Mayan Temples (Black Saint, 1990).

Hal Russell NRG Ensemble: The Finnish / Swiss Tour (ECM, 1990).

Muhal Richard Abrams: Blu Blu Blu (Black Saint, 1990).

Anthony Braxton: Willisau (Quartet) 1991 (hatART).

Sonny Sharrock: Ask the Ages (Axiom / M.O.D. Technologies, 1991).

Charles Gayle, William Parker, Rashied Ali: Touchin' on Trane (FMP, 1991).

Joe Lovano: From the Soul (Blue Note, 1991).

Bill Frisell: Live (Gramavision, 1991).

David Murray: Ballads For Bass Clarinet (DIW, 1991).

Randy Weston: The Spirits of Our Ancestors (Verve, 1991).

Tom Varner: The Mystery of Compassion (Soul Note, 1992).

Gianluigi Trovesi: From G to G (Soul Note, 1992).

Thomas Chapin: Night Bird Song (Knitting Factory Works, 1992).

John Stevens: New Cool (Emanem, 1992).

Paul Hession, Alan Wilkinson, Simon H. Fell: foom! foom! (Bruce's Fingers, 1992).

John Law: Exploded on Impact (Slam, 1992).

Pharoah Sanders: Crescent With Love (Evidence, 1992).

Paul Plimley, Lisle Ellis: Kaleidoscopes (hatART, 1992).

Joe Morris: Flip and Spike (Riti, 1992).

Rabih Abou-Khalil: Blue Camel (Enja, 1992).

Reggie Workman: Summit Conference (Postcards, 1993).

Joe Maneri: Dahabenzapple (hatART, 1993).

Gerry Hemingway: Demon Chaser (hatOLOGY, 1993).

James Carter: JC on the Set (DIW Columbia, 1993).

Italian Instabile Orchestra: Skies of Europe (ECM, 1994).

Peter Kowald: Was Da Ist (FMP, 1994).

Joe McPhee, Lisle Ellis, Paul Plimley: Sweet Freedom - Now What? (hatART, 1994).

Masada: Alef (DIW, 1994).
Masada: Beit (DIW, 1994).
Masada: Gimel (DIW, 1994).

Paul Bley, Evan Parker, Barre Phillips: Time Will Tell (ECM, 1994).

Double Trio (Trio de Clarinettes, Arcado String Trio): Green Dolphy Suite (Enja, 1994).

Misha Mengelberg Trio: Who's Bridge (Avant, 1994).

Dave Douglas Tiny Bell Trio: Constellations (hatOLOGY, 1995).

Ben Monder: Flux (Songlines, 1995).

Kenny Wheeler: Angel Song (ECM, 1995).

Ned Rothenberg: Power Lines (New World, 1995).

Paul Motian: Sound of Love (Winter & Winter, 1995).

Ethnic Heritage Ensemble: 21st Century Union March (Silkheart, 1995).

Ray Anderson, Han Bennink & Christy Doran: Cheer Up (hatART, 1995).

Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton: At the Vortex (1996) (Emanem).

Tomasz Stanko: Leosia (ECM, 1996).

David S. Ware: Godspelized (DIW, 1996).

Urs Leimgruber, Joëlle Léandre, Fritz Hauser: No Try No Fail (hatOLOGY, 1996).

Ellery Eskelin, Andrea Parkins, Jim Black: One Great Day... (hatOLOGY, 1996).

Michel Portal: Dockings (Label Bleu, 1997).

Mujician: Colours Fulfilled (Cuneiform, 1997).

Clusone 3: Rara Avis (hatOLOGY, 1997).

Georg Gräwe: Melodie Und Rhythmus (OkkaDisk, 1997).

Bob Brookmeyer: New Works: Celebration (Challenge, 1997).

Peter Brötzmann: The Chicago Octet / Tentet (OkkaDisk, 1997).

Greg Osby: Banned in New York (Blue Note, 1998).

Iain Ballamy: Food (Feral, 1998).

Keith Tippett Tapestry Orchestra: Live at Le Mans (Red Eye Music / Edition, 1998).

Joseph Holbrooke Trio: The Moat Recordings (Tzadik, 1998).

Branford Marsalis: Requiem (Columbia, 1998).

Sam Rivers' Rivbea All-Star Orchestra: Inspiration (RCA/BMG, 1998).

Dave Holland: Prime Directive (ECM, 1998).

Trygve Seim: Different Rivers (ECM, 1998-99).

Ran Blake: Sonic Temples (GM Recordings, 1998-2001).

Bobo Stenson: Serenity (ECM, 1999).

Andrew Hill: Dusk (Palmetto, 1999).

Louis Sclavis: L'Affrontement des Prétendants (ECM, 1999).

Sven-Åke Johansson: Six Little Pieces For Quintet (hatOLOGY, 1999).

George Lewis, The NOW Orchestra: The Shadowgraph Series (Spool, 1999).

Don Byron: Romance With the Unseen (Blue Note, 1999).

8 Bold Souls: Last Option (Thrill Jockey, 1999).

10. LES ANNÉES 2000 et 2010


Barry Guy New Orchestra: Inscape / Tableaux (Intakt, 2000).

William Parker: O'Neal's Porch (Centering / AUM Fidelity, 2000).

Wadada Leo Smith: Wadada Leo Smith's Golden Quartet (Tzadik, 2000).

Mats Gustafsson, Ingebrigt Håker Flaten, Paal Nilssen-Love: The Thing (Crazy Wisdom, 2000).

Paul Dunmall: The Great Divide (Cuneiform, 2000).

Matthew Shipp: Matthew Shipp's New Orbit (Thirsty Ear, 2000).

Anthony Braxton: Four Compositions (GTM) 2000 (Delmark).

Roy Campbell: Ethnic Stew and Brew (Delmark, 2000).

Henri Texier: Remparts d'Argile (Label Bleu, 2000).

Nils Wogram: Odd and Awkward (Enja, 2000).

Mario Pavone: Totem Blues (Knitting Factory Works, 2000).

Frank Gratkowski: Kollaps (Red Toucan, 2000).

Jim Hall: Jim Hall & Basses (Telarc, 2001).

Jason Moran: Black Stars (Blue Note, 2001).

Steve Coleman: Resistance is Futile (Label Bleu, 2001).

Wayne Shorter: Footprints Live! (Verve, 2001).

Mat Maneri: For Consequence (Leo, 2001).

Craig Taborn: Light Made Lighter (Thirsty Ear, 2001).

Derek Bailey: Ballads (Tzadik, 2002).

Otomo Yoshihide: ONJQ Live (DIW, 2002).

Raoul Björkenheim, Ingebrigt Håker Flaten, Paal Nilssen-Love: Scorch Trio (Rune Grammofon, 2002).

Stephan Oliva, François Raulin: Sept Variations Sur Lennie Tristano (Sketch, 2002).

ROVA:Orkestrova: Electric Ascension (Atavistic, 2003).

Miroslav Vitous: Universal Syncopations (ECM, 2003).

Bartlomiej Brat Olés, Mikolaj Trzaska, Marcin Olés, Jean-Luc Cappozzo: Suite For Trio + (Fenom Media, 2003).

Vijay Iyer: Blood Sutra (Pi Recordings, 2003).

Alexander von Schlippenbach: Monk's Casino (Intakt, 2003-04).

Mark Dresser, Denman Maroney: Time Changes (Cryptogramophone, 2003-04).

The Vandermark 5: The Color of Memory (Atavistic, 2004).
FME: Cuts (OkkaDisk, 2004).
Territory Band-4: Company Switch (OkkaDisk, 2004).

Steve Harris / Zaum: Above Our Heads the Sky Split Open (Slam, 2004).

Ben Goldberg: The Door, the Hat, the Chair, the Fact (Cryptogramophone, 2004).

Maria Schneider: Concert in the Garden (ArtistShare, 2004).

Marty Ehrlich: News on the Rail (Palmetto, 2004).

Atomic: The Bikini Tapes (Jazzland, 2004).

Moppa Elliott: Moppa Elliott's Mostly Other People Do the Killing (Hot Cup, 2004).

Satoko Fujii: Live in Japan 2004 (Natsat Music/PJL).

Marc Ribot: Spiritual Unity (Pi Recordings, 2004).

Electric Masada: At the Mountains of Madness (Tzadik, 2004).

Bik Bent Braam: Growing Pains (BBB, 2004).

Jean Derome, Normand Guilbeault, Pierre Tanguay: 10 Compositions de Jean Derome (Ambiances Magnétiques, 2004).

Jim Hobbs & The Fully Celebrated Orchestra: Lapis Exilis (Skycap, 2004).

Tony Bevan: Bruised (Foghorn, 2004).

William Parker & The Little Huey Creative Music Orchestra: For Percy Heath (Victo, 2005).

Trio 3: Time Being (Intakt, 2005).

Nels Cline: New Monastery (Cryptogramophone, 2005).

The Source: The Source (ECM, 2005).

Aldo Romano, Louis Sclavis, Henri Texier: African Flashback (Label Bleu, 2005).

Kidd Jordan, Hamid Drake, William Parker: Palm of Soul (AUM Fidelity, 2005).

Sten Sandell Trio: Oval (Intakt, 2005).

Ornette Coleman: Sound Grammar (Sound Grammar, 2005).

Exploding Customer: At Your Service (Ayler, 2005-06).

Tony Malaby, William Parker, Nasheet Waits: Tamarindo (Clean Feed, 2006).

Adam Rudolph's Moving Pictures: Dream Garden (Justin Time, 2006).

Dave Rempis / The Rempis Percussion Quartet: Hunter-Gatherers (482 Music, 2006).

John Abercrombie: The Third Quartet (ECM, 2006).

Arild Andersen: Live at Belleville (ECM, 2007).

Bill Dixon, Exploding Star Orchestra: Bill Dixon With Exploding Star Orchestra (Thrill Jockey, 2007).

Evan Parker Electro-Acoustic Ensemble: The Moment's Energy (ECM, 2007).

Roscoe Mitchell, The Note Factory: Far Side (ECM, 2007).

Arild Andersen: Live at Belleville (ECM, 2007).

David S. Ware: Shakti (AUM Fidelity, 2008).

Mary Halvorson Trio: Dragon's Head (Firehouse 12, 2008).

Steve Lehman Octet: Travail, Transformation and Flow (Pi Recordings, 2008).

Taylor Ho Bynum Sextet: Asphalt Flowers Forking Paths (hatOLOGY, 2008). 

Wadada Leo Smith: Ten Freedom Summers (Cuneiform, 2011).

Mars Williams, Paal Nilssen-Love, Kent Kessler: Boneshaker (Trost, 2012).

Henry Threadgill / Zooid: In For a Penny, In For a Pound (Pi Recordings, 2014).